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Le monde TransGenre: "CASA SUZANNA" une maison près de New-York

Le monde transgenre Article paru dans "Libération" du 15 juillet 2005.

Femmes du dimanche

C’est un vrai conte de fées. Au sens où les fées ont de grosses voix, chaussent du 45 et, bien que souvent lancées dans des divagations de fillettes, accusent un important tour de taille. L’action se situe à la charnière des années 50 et 60, aux environs de New York, dans une pimpant villa néogéorgienne où, tous les week-ends, sous les auspices d’une certaine Susanna, hôtesse accorte, une vingtaine d’hommes de tous poils se réunissent. Pendant environ dix ans, ces réunions intimes furent photographiées par quelques-uns des participants pour des albums souvenir à usage privé. Le temps passa, semblant refermer à jamais les portes de cet étrange paradis.


Nom de code

Quelques révolutions sexuelles plus tard, en 2000, le magazine new-yorkais NEST exhumait certaines de ces images, et aujourd’hui c’est une sélection plus large qui est devenue un livre publié aux Etats-Unis sous le titre CASA SUSANNA (1), qui apparemment est le nom de code de cette sidérante association. Mais le récit de cette résurrection n’est pas moins déconcertant. Robert Swope, préfacier du livre, prétend avec une conviction tout ce qu’il y a de flou que le stock de photos (à peu près quatre cents), fut découvert et acheté dans un marché aux puces de New York et qu’en gros, il n’en sait pas plus.
Même si on peut douter de cette version et présumer, par exemple, que le fond Susanna a été transmis par un des participants survivants voulant toujours resté anonyme, voire par la mystérieuse Susanna elle-même, cette ambiguïté n’est en l’espèce qu’une pierre de plus dans le jardin du romanesque. Car le moins que l’on puisse dire, c’est que plus de quarante ans après, leurs chimères laissent rêveur et subjuguent le regard.
Page après page,année après années, été comme hiver, elles sont toutes les femmes américaines de l’après-guerre. Les étoiles éternelles du glamour (Marlène, Greta, Rita…), les vedettes d’actualité à l’heure où Jackie Kennedy allait imposer son style Park Avenue à toute une génération, mais aussi bien les ordinaires, les banales aussi moyennes que la classe sociale dont majoritairement elles semblent issues. Dons plutôt tendance Jack Lemmon et Tony Curtis dans Certains l’aime chaud que Jane Russel et Marilyn Monroe dans Les hommes préfèrent les blondes.

Distractions ménagères

C’est évidemment sur le terrain des femmes « normales », qui plus est saisies dans la routine de leurs distractions ménagères (taper le carton, jouer au scrabble, tricoter, prendre le thé), que l’humour volontaire quand le fou rire est en train de gagner les visages au moment du déclic, ou involontaire, fait l’effet d’un lance-flammes qui carbonise aussi bien les arcanes de la féminité officielle, que l’identité masculine ou les lois de la famille. Témoin cette carte de Noël où l’on pose en manteau rouge sang devant un sapin bleu.
Au fil des pages, comme une machine à démonter le temps, on les voit vieillir, s’empâter, se rider. Embellir aussi. Il y a les débutantes, intimidées par l’objectif, les aguerries qui posent comme des pin-up, quelques beautés sublimes, d’autres créatures plus ingrates et pas moins bouleversantes pour autant. Ces girls contraintes par la loi de la clandestinité, sont littéralement des femmes d’intérieur. Et cette intimité explose jusqu’à contester la hideur de la décoration concierge de la casa Susanna et venger du reste du monde encore plus horrible : le monde extérieur, les autres jours, la vie de ces femmes redevenues des hommes et probablement des maris et des pères de famille. Si on songe aux images de Diane Arbus ou Nan Goldin, c’est que, à l’instar de ces deux photographes de l’Amérique monstre, c’est le hors-champ qu’on voit hurler, gémir et pleurer en cette époque où le pédé rasait les murs et où le travesti était considéré au mieux comme un monstre de foire. Bien que sûrement elles en auraient été les premières surprises, ces femmes sont des pétroleuses qui incendient toute forme de majorité, qu’elle soit sexuelle ou sociale. A ce titre, toutes ces dames d’exception, ladies Macbeth d’un « queendom » ténébreux, sont ad aeternam d’actualité.

Gérard Lefort. Paru dans LIBERATION, du 15 juillet 2005, dans la rubrique « GRAND ANGLE ».

(1). Casa SUSANNA, edition power Housebooks New York, 29,95$.
Mais on le trouve sur « amazon » pour 19,23 €, livré à domicile.
Transmis par abcfr Actif Samedi 13 Août 2005 (990 lectures)
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Re: "CASA SUZANNA" une maison près de New-York

(Score : 0)
par Invité Actif 14 Août 2005 - 08:59
J'ai commandé et reçu ce bouquin chez Amazon (délai de livraison = 5 jours). C'est vraiment très émouvant de voir ces photos de copines américaines des années 50/60 toutes à la joie de pouvoir être "elles-mêmes" lors d'un court week-end dans ce refuge protecteur qu'était "Casa Suzanna"... Les choses ont certe changé dans le bon sens pour les personnes transgenres depuis cette époque, mais pas tant que cela...

Dominique


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